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LA RESTAURATION DES PEINTURES MURALES
DE L’EGLISE PAROISSIALE SAINT-JEAN-BAPTISTE
L'église Saint-Jean-Baptiste,
construite sur une petite butte, se trouve en retrait du village de
Chassignelles ce qui lui confère une certaine originalité.
Le bâtiment orienté (chœur orienté vers l’est),
est d’époque romane et sa construction semble avoir débuté
au XIIIème siècle. La nef précédée
d’un porche voûté en berceau brisé est flanquée
de quatre chapelles latérales, et le chœur est constitué
de deux travées. Tous deux sont couverts d’une voûte
en berceau brisé. L’édifice original a subi des
remaniements au cours des siècles, visibles en différents
endroits.
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LES
PEINTURES MURALES
Un décor constitué
de motifs géométriques et semblant recouvrir la totalité
des voûtes et des murs avait été recouvert d’un
badigeon à la chaux, empêchant totalement son appréciation.
On pouvait néanmoins distinguer des parcelles permettant d’imaginer
l’ampleur du décor, aux endroits de lacune de badigeon
et grâce aux sondages réalisés en 1982. Chaque travée
présente un motif différent de maillons, losanges ou disques
portant des croix ancrées. Ces motifs qui constituent le décor
primitif peuvent vraisemblablement être datés du XIVème
siècle.
On pouvait également distinguer au départ des voûtes,
un certain nombre de médaillons, plus tardifs (sans doute du
XVIème siècle) déjà plus ou moins mis à
jour, qui avaient été identifiés comme des représentations
des apôtres (seul le médaillon représentant saint
Jean l’évangéliste, situé dans le chœur,
avait été identifié avec certitude).
Enfin, une scène figurée, sans doute contemporaine des
médaillons, située dans une des chapelles et représentant
une Annonciation, avait par ailleurs été totalement dégagée. |
LA
LITRE FUNERAIRE
A différents endroits
sur le pourtour de l’église, on pouvait distinguer un bandeau
noir, que l’on appelle litre funéraire. Constituées
d’un bandeau noir orné d’armoiries, les litres étaient
peintes en signe de deuil sur les murs intérieurs ou extérieurs
de certaines églises paroissiales après le décès
du patron ou du seigneur du lieu. Cette pratique dont l’usage
est apparu dès le XIIème siècle avec la codification
des armoiries, s’est répandue dans de nombreuses églises
paroissiales aux XVIIème et XVIIIème siècles avant
de disparaître avec l’abolition des privilèges en
1789. L’étymologie du terme litre n’a pas pu être
définie avec certitude : elle pourrait dériver du latin
litura (enduit, trace) ; ou encore du grec lithra (couronne) ; ou enfin
de l’ancien français d’origine germanique liste (bord,
bordure ou bande). Des blasons ont été dégagés
sur la litre de l’église de Chassignelles, qui ont pu être
attribués, au Marquis de Louvois en sa qualité de propriétaire
du château d’Ancy-le-Franc, décédé
en 1691. |
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 La Ferme de la Fosse Dionne Eglise de Chassignelles la nef.jpg)
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LA
TECHNIQUE
Bien qu’aucune analyse
scientifique n’ait encore été pratiquée sur
les peintures de l’église de Chassignelles, les observations
qui ont été faites permettent d’émettre un
certain nombre d’hypothèses.
Ainsi, il semblerait que l’a voûte de la nef, constituée
de moellons de pierre, ait été recouverte d’un premier
enduit extrêmement grossier de sable, petits gravillons et chaux.
Un enduit plus fin constitué de sable fin et de chaux a ensuite
été apposé sur ce dernier, pour servir de support
à la préparation très fine constituée de
chaux. Enfin, la couche picturale appliquée à sec, ce
qui la différencie de la technique à fresque (sur enduit
frais de chaux), a vraisemblablement été réalisée
à l’aide de pigments (ocres jaune et rouge ; noir) liés
à un lait de chaux, ce qui leur a conféré une grande
solidité et une pérennité dans le temps.
Un dessin préparatoire était d’abord tracé
à l’aide d’ocre jaune, puis les motifs étaient
ensuite peints à main levée, ce qui explique le caractère
parfois maladroit de certaines zones.
Les médaillons semblent avoir été exécutés
selon un procédé pictural différent. Il s’agit
d’un enduit blanc très lissé constitué de
sable et de chaux en forte proportion sur lequel on a apposé
une couche picturale des mêmes pigments dont le liant pourrait
être différent (colle ou caséine).
La scène figurée de l’Annonciation reprend le même
procédé avec toutefois un dessin préparatoire plus
travaillé.
Enfin, les peintures recouvrant le porche ont été exécutées
sur un enduit final blanc très fragile comportant des empâtements,
appliqué en couche épaisse (2 à 4 mm) et probablement
constitué de chaux. La couche picturale pouvant être composée
des mêmes éléments que pour les médaillons. |
ETAT
DE CONSERVATION
L’église Saint-Jean-Baptiste
a subi au fil des ans de nombreuses altérations. Le toit dont
l’étanchéité n’a pas toujours été
assurée a provoqué de nombreuses infiltrations d’eau
à l’intérieur de l’édifice. Le bâtiment
en partie encaissé sur la butte ne bénéficiait
pas d’un drainage des eaux de pluie suffisant, provoquant inondations
et remontées capillaires de l’eau dans la pierre calcaire
très poreuse.
Ces phénomènes ont provoqué un certain nombre d’altérations
du bâtiment et de son décor :
-les murs gorgés d’eau se sont fissurés provoquant
parfois même la chute spontanée de morceaux d’enduits.
- les infiltrations ont provoqué l’apparition en surface
d’efflorescences salines sur les peintures réduisant en
poussière certaines zones, cristallisant dans d’autres
zones le badigeon en surface.
-des micro-organismes tels que moisissures et algues se sont développés
à différents endroits provoquant le noircissement du décor,
ou l’apparition d’un film verdâtre.
-à tous ces éléments, d’autres éléments
d’altération se sont ajoutés dans le porche, comme
l’exposition directe au climat (lumière du jour, variations
de température et d’humidité). Enfin, le vieillissement
de la dernière couche de « badigeon » gris, posée
dans les années 1950 et constituée d’une peinture
synthétique inappropriée (à base de résine
acrylique ou vinylique) a achevé le processus d’altération
provoquant de nombreuses lacunes lors de son écaillage et rendant
la lecture du décor très difficile. |
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 La Ferme de la Fosse Dionne Eglise de Chassignelles Sels et fissures.jpg)
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LA
RESTAURATION
Un certain nombre de travaux
de grande ampleur ont été entrepris par la commune de
Chassignelles afin d’assainir le bâtiment.
-la toiture a été entièrement rénovée
en utilisant la technique traditionnelle de couverture en laves, permettant
d’étanchéifier le toit.
-un drainage complet de l’église ainsi qu’un système
d’évacuation des eaux ont été pratiqués
permettant d’isoler les pierres du bâtiment des remontées
capillaires.
Ces travaux ont permis de rendre le climat de l’église
plus stable et d’envisager enfin des travaux de dégagement
des peintures murales.
Ces peintures dont l’existence
avait été révélée grâce aux
travaux de sondages entrepris en 1982, peuvent à présent
enfin voir le jour.
Grâce au travail et
à la persévérance des bénévoles de
l’Association des amis de l’Eglise Saint-Jean-Baptiste et
de la sauvegarde du patrimoine de Chassignelles (créée
en 1999), et au soutien de la DRAC (Monuments Historiques) et du Conseil
Général, des travaux de restauration ont été
engagés en août 2004. |
LES
ETAPES DE LA RESTAURATION
La première tranche
des travaux de restauration, engagés en août 2004 a pour
but la mise à jour de la totalité des décors de
l’église ainsi que la consolidation du support et de la
couche picturale de manière à permettre une réflexion
pour la poursuite des travaux sur les choix de conservation et de restauration
(conservation des décors superposés, réintégration
des lacunes, etc…) |
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LE
DEGAGEMENT
Le dégagement s’est
effectué à l’aide d’outils tels que des scalpels
de chirurgiens, qui ont permis littéralement de détacher
les couches de badigeon (au nombre de 3 sur le haut de voûtes
et pouvant aller jusqu’à 10 dans les parties basses du
chœur)
Une fois les peintures mises
à jour, un époussetage de surface était ensuite
effectué à l’aide de fibres de verre, permettant
de retirer le voile blanchâtre laissé par les badigeons
en surface. |
LE
REFIXAGE
Dans les zones fragiles
de soulèvement de la couche picturale, des injections de résine
ont permis de recoller les écailles de peintures qui menaçaient
de tomber.
De la même façon, le morceaux d’enduit instables
ont été recollés à l’aide de coulis
et maintenus en place par des application de mortier de sable et chaux.
Enfin, la couche picturale fragilisée a été consolidée
à l’aide d’une résine synthétique employée
à faible concentration qui a permis à la fois de rendre
sa cohésion à la couche picturale, d’en renforcer
l’intensité et de la protéger, sans toutefois en
modifier les particularités optiques (matité).
RETRAIT
DES SELS
Les zones affectées
par les efflorescences salines ont été traitées
par compresses afin, dans un premier temps, de faciliter le dégagement
du badigeon, et de réduire le voile blanchâtre en surface.
TRAITEMENT
DES MICRO-ORGANISMES
Le climat de l’édifice
étant à présent stable, les micro-organismes (moisissures
et algues) pourront être traités par l’application
de produits adaptés. |
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La première tranche
de travaux a été achevée à la fin du mois
d’octobre 2004. Elle a permis de mettre à jour un patrimoine
exceptionnel de par son ampleur, sa qualité et son état
de conservation.
La deuxième tranche
de travaux devrait être engagée dans le courant de l’année
2005.
Emmanuelle Paris |
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